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« Qui es-tu ? ». De la création du terme « philosophe » par Pythagore

dimanche 16 mai 2010, par Lionel Letendre.

Si la philosophie est amour de la sagesse, elle est tout autant recherche de la sagesse. C’est Pythagore le premier qui donna au mot « philosophie » ce sens précis de recherche de la sagesse. C’est également lui qui, en réaction contre ceux qui se prétendaient maîtres en sagesse (les célèbres Sophistes qui faisaient commerce de leurs connaissances), inventa le terme de « philosophe ». En effet, on appelait « sophoi » (sages) jusqu’à Pythagore ceux qui s’occupaient de connaître les choses divines et humaines, les origines et les causes de tous les faits. Ainsi en est-il pour les sept personnages fameux dont la réputation de sagesse fut consacrée par le titre de « sophoi » en Grèce : Thalès, Pittacos, Bias, Solon, Cléobule, Chilon et Périandre. Or, rapporte Cicéron [1], dans un entretien savant avec le tyran Léon de Phlionte qui, étonné de l’ampleur de sa connaissance et de son éloquence, lui demanda « Qui es-tu ? », Pythagore se serait présenté non comme un « sophoi » mais comme un « philosophoi ».

Ce que Pythagore voulait souligner en inventant par humilité ce terme « philosophoi », que l’on peut traduire par « ami de la sagesse », c’est que seuls les Dieux sont proprement sages, la sagesse ne convenant à nul homme mais aux Dieux seulement. Pythagore n’a donc pas voulu prétendre au titre de sage mais plus modestement à celui de philosophe. Il entérinait ainsi la mort du sage en le remplaçant par celui qui se présente simplement comme un amoureux de la sagesse mais ne prétend pas la posséder ou l’incarner.

La philosophie brise la vaniteuse souveraineté de l’homme. Elle ouvre à l’épreuve du dépassement de soi. Entrer en philosophie, c’est congédier tout désir de certitude, c’est faire vœu de pauvreté en matière de connaissance. Comme le rappelait Platon : « Le plus sage d’entre vous, hommes, c’est celui qui a reconnu comme Socrate que sa sagesse n’est rien ». [2]

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Roger Martin Barros, Le Philosophe, 2004.

Notes

[1Cicéron, Tusculanes, V, 3, § 8, trad. J. Humbert, Paris, Les Belles Lettres, Coll. « Budé » (n° 2), 1931.

[2Platon, Apologie de Socrate, 23b, trad. E. Chambry, Paris, Flammarion, Coll. « GF » (n° 75), 1965, p. 33-34.