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De l’esprit critique ou comment on devient philosophe

mardi 13 octobre 2009, par Lionel Letendre.

Faut-il être déjà sage pour philosopher ? Non, s’il en était ainsi l’entrée en philosophie serait impossible. La sagesse n’est pas une condition mais le terme de la philosophie. Philosopher c’est en effet conquérir une manière de vivre et de penser que l’on ne possède pas d’emblée. Philosopher exige donc un effort. Or un effort suppose un terme résistant. Contre qui alors ou contre quoi doit lutter celui qui veut devenir philosophe ? Réponse : contre lui-même et contre ses préjugés. Celui qui veut devenir philosophe doit faire l’effort de surmonter sa propre paresse. Paresse signifie ici : en rester à ses propres certitudes, ne pas chercher à les mettre en doute. Philosopher, c’est donc faire l’effort de tout reprendre à zéro. C’est faire table rase de toutes les opinions reçues et, au lieu de participer à une conception du monde imposée mécaniquement par le milieu extérieur et d’accepter passivement et lâchement que le sceau soit mis de l’extérieur à notre propre personnalité, élaborer sa propre conception du monde de façon consciente et critique, être le guide de soi-même.

Philosopher, c’est ainsi penser par soi-même, c’est-à-dire avoir l’esprit critique. Cette attitude critique est l’exigence qui sous-tend tout philosopher. Penser par soi-même, cela n’est pas, comme il pourrait le sembler, un pléonasme. La pensée est toujours influencée et influençable. Or, philosopher, c’est sonner le glas de ces influences. Cela ne veut pas dire renoncer à tout dialogue mais au contraire rendre un dialogue authentique possible.

« Philosopher à coups de marteau », cette formule célèbre de Friedrich Nietzsche ne veut pas dire que le philosophe est celui qui brise et détruit tout. « Philosopher à coups de marteau », c’est faire comme le fondeur de cloches qui vérifie leur bon son en les martelant à l’aide d’un diapason. Le philosophe est comme le fondeur de cloches, celui qui martèle les opinions pour les juger, pour savoir si elles sont ou non de mauvais aloi.

Soyez donc philosophe !

Voir en ligne : Douter, est-ce renoncer à la vérité ?