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Le bonheur existe-t-il ?

samedi 5 décembre 2009, par Lionel Letendre.

Dans notre monde dominé par la passion de l’avoir, concentré sur la possession et la puissance matérielle, le bonheur se trouve désormais réduit à un simple objet de consommation. Aujourd’hui, la publicité affirme en effet qu’il est possible d’obtenir le bonheur moyennant un appel téléphonique ou un achat et les marchands ne vendent plus seulement des objets mais également du bonheur et du rêve. Marx déplorait déjà dans ses Manuscrits de 1844 l’apparition dans les sociétés capitalistes modernes de ce « sens de l’avoir » [1] qui réduit le bonheur à se formuler en terme de capitalisation. Le seul rapport au monde présenté dans l’espace public est un rapport d’appropriation de biens matériels. Les publicitaires et les commerçants n’ont d’ailleurs d’autres buts que de nous inciter à choisir un mode de vie conforme aux intérêts de la consommation. On est toutefois en droit de se méfier de la conception du bonheur qu’ils nous proposent et de résister à leurs stéréotypes car, lorsqu’on ne cesse de penser le bonheur comme un objet, n’oublie-t-on pas qu’il est avant tout une belle rencontre entre nous et la vie ?

Le bonheur existe mais ce sont nos erreurs qui nous empêchent de nous en rendre compte. Nous nous fourvoyons en effet en allant chercher le bonheur dans les choses à l’extérieur de nous alors qu’il est un état d’esprit qui se passe à l’intérieur de nous. Quand, donc, les objets nous rendent heureux, c’est parce que nous sommes déjà heureux. C’est en effet notre bonheur qui donne une réalité heureuse aux objets qui nous entourent et non les objets extérieurs qui donnent une réalité à notre bonheur. On en a la preuve tous les jours. Bien des gens possèdent quantité d’objets qui pourraient les rendre heureux s’ils étaient heureux, et pourtant ils ne le sont pas. Aussi les objets ne sont-ils pour eux que des objets. Comment être heureux alors ? En attendant que la vie soit enfin là, au rendez-vous de nos attentes ? Pas simplement. La vie est toujours là à qui sait voir. En revanche, nous, nous n’y sommes pas toujours lorsque nous faisons grise-mine ou que nous tirons des têtes d’enterrement. Lorsque en revanche nous sommes au rendez-vous de la vie, que nous savons lui sourire, celle-ci se met à répondre.

Ainsi, le bonheur commence en nous lorsque nous sommes bien disposés, d’humeur joyeuse, prêts à embrasser le monde entier. Tout d’un coup, le monde répond à notre élan, l’étincelle jaillit. Ne l’oublions donc pas, le plus court chemin qui conduit au bonheur passe par la pensée. Par les belles pensées. Les pensées heureuses.

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Lorsque vous ouvrirez une canette de Coca-Cola,
vous serez transportés dans une expérience d’intense bonheur…

Notes

[1K. Marx, Manuscrits de 1844, Troisième manuscrit, trad. J.-P. Gougeon, Paris, Flamma- rion, Coll. « GF » (n° 789), 1996, p. 149.