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L’exercice de la philosophie contribue-t-il au développement de la démocratie ?

lundi 15 février 2010, par Lionel Letendre.

Si l’on se représente la philosophie comme on le fait ordinairement, à savoir comme une réflexion théorique et abstraite sur des problèmes subtils conduite par un philosophe perdu dans ses spéculations et vivant isolé, séparé du reste du monde, il semble bien que démocratie et philosophie se situent sur deux plans différents et que philosopher ne puisse concourir à la formation d’un régime politique quelconque. Il est vrai qu’à première vue le travail philosophique ne paraît pas pouvoir en lui-même participer au développement d’une forme politique. Qu’est-ce en effet que la philosophie et son exercice sinon un effort pour rendre notre existence intelligible, une tentative pour édifier une pensée libre, dégagée de tout enjeu de pouvoir et de pratique politique ?

Mais la philosophie n’est-elle vraiment qu’une réflexion théorique ? N’implique-t-elle pas des tâches pratiques ? N’est-elle pas un exercice engagé dans la vie ? Rappelons que lorsque la démocratie se constitue en Grèce à la fin du VIe et au Ve siècle av. J.-C., elle s’organise en un lieu (la Cité) où émerge la prééminence de la parole et du discours, où l’exercice de l’argumentation et de la discussion joue un rôle majeur. La naissance de la démocratie s’instaure incontestablement en un lieu où la philosophie et la rhétorique développent les puissances du discours argumenté, cohérent et rationnel, un discours qui permet à la démocratie de s’édifier. De même, de nos jours, l’exercice de la philosophie contribue au développement de la démocratie. Qu’est-ce en effet que la démocratie, au sens fort du terme, sinon un espace public de discussion ? Or, toute délibération publique implique un exercice de la philosophie, une recherche libre et critique par le discours. Pour édifier la démocratie, qui ne cesse d’être remise en question par les totalitarismes et les despotismes divers, il faut un accord dans la discussion, un consensus, une faculté de développer discursivement sa pensée en un libre débat.

Grâce à un discours purifié et transparent, grâce à un vrai débat, l’exercice de la philosophie joue donc un rôle essentiel dans le développement de la démocratie. Car philosopher, c’est édifier une raison commune. Or, cette raison commune ouverte crée un espace public de discussion. Une démocratie exige la négociation, le débat et donc le travail de la raison destiné à mieux édifier le difficile combat démocratique et la lutte toujours nécessaire. La démocratie est fragile. Pour la préserver et la construire, il faut le discours et la raison, il faut la délibération née de la pratique du dialogue philosophique. Sans cet exercice, il n’y a pas de démocratie. D’ailleurs, nous le savons, les régimes totalitaires n’aiment guère la philosophie, qu’ils asservissent ou transforment dans des formes bâtardes qui en pervertissent l’exercice (tel le « matérialisme dialectique » transformé en religion d’État par le régime soviétique et destiné à perpétuer le totalitarisme). Ainsi, dans une société dans laquelle sous des formes diverses le péril totalitaire est omniprésent, gagnerons-nous grâce à la pratique philosophique une vraie et authentique démocratie où les peuples exercent le pouvoir et se gouvernent eux-mêmes.

Les pères de la démocratie libérale...

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(1632-1704)
JPEGC. de Montesquieu
(1686-1755)
JPEGJ.-J. Rousseau
(1712-1778)
... et leurs adversaires !

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