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« Qui es-tu ? » - De l’invention du mot « philosophe » par Pythagore

mardi 1er juin 2010, par Lionel Letendre.

Si, d’après l’étymologie, la philosophie est l’« amour de la sagesse » [1], elle en est aussi la quête. C’est Pythagore le premier qui donna au mot philosophie ce sens précis de recherche de la sagesse. C’est également lui qui inventa le terme « philosophe ». Jusqu’alors, on appelait « sages » (σοφοί/sophoí) ceux qui s’occupaient de connaître les origines et les causes de tous les faits. Ainsi en est-il pour les sept personnages fameux dont la réputation de sagesse fut consacrée par le titre de « sophoí » en Grèce : Thalès, Pittacos, Bias, Solon, Cléobule, Chilon et Périandre. Or, relatant une anecdote racontée par Héraclide le Pontique – un disciple de Platon – dans son dialogue Abaris aujourd’hui perdu, Cicéron rapporte qu’au cours d’un entretien savant avec le tyran Léon de Phlionte qui, étonné par ses talents d’éloquence et par l’ampleur de ses connaissances, lui demanda « Qui es-tu ? », Pythagore se serait présenté non comme un « sophos », mais comme un « philosophos », un « amoureux de la sagesse » [2].

Si Pythagore employa par humilité ce mot nouveau de « philosophos », c’est parce qu’il jugeait excessif d’appeler sage un être humain, la sagesse ne convenant à nul homme mais aux dieux seulement. Il ne voulait donc pas prétendre au titre de sage mais, plus modestement, à celui de philosophe, entérinant ainsi la mort du sage en le remplaçant par celui qui se présente comme aspirant à la sagesse et non comme celui qui prétend la posséder ou l’incarner.

Appelant à la modestie, la philosophie brise la vaniteuse souveraineté de l’homme. Entrer en philosophie, c’est en effet congédier tout désir de certitude et faire vœu de pauvreté en matière de connaissance. Comme le disait l’oracle du dieu de Delphes : « Le plus sage d’entre vous, hommes, c’est celui qui a reconnu comme Socrate que sa sagesse n’est rien » [3].

Roger Martin Barros, Le Philosophe, 2004

Notes

[1Philosophie : du grec ancien φιλοσοφία, composé de φιλεῖν (phileîn), « aimer », et de σοφία (sophía), « sagesse ».

[2Cicéron, Tusculanes, V, 3, § 8, trad. J. Humbert, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Série latine-Guillaume Budé » (n° 2), 1931.

[3Platon, Apologie de Socrate, 23b, trad. E. Chambry, Paris, Flammarion, coll. « GF » (n° 75), 1965, p. 33-34.