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Le secret de l’être (1/3)

De l’étonnement philosophique...

dimanche 24 janvier 2010, par Lionel Letendre.

Aristote a dit au début de sa Métaphysique : « Ce fut l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques ». [1] Pour comprendre la nature de cet étonnement par lequel les hommes sont parvenus aussi bien maintenant qu’à l’origine au point de départ qui ne cesse de régir l’acte de philosopher, il est nécessaire de le distinguer de l’étonnement au sens ordinaire du terme.

Si l’étonnement au sens usuel est provoqué par le caractère inattendu de phénomènes que l’on ne parvient pas à expliquer, il n’en va pas de même de l’étonnement philosophique. « Avoir l’esprit philosophique écrivait Arthur Schopenhauer, c’est être capable de s’étonner des événements habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujet d’étude ce qu’il y a de plus général et de plus ordinaire ». [2] Avoir l’esprit philosophique, c’est effectivement s’étonner de tout. Des choses, d’autrui et de soi-même. C’est retrouver dans cet étonnement la naïveté des questions de l’enfance, avec l’enthousiasme de l’adolescence et les possibilités réflexives de l’âge mûr. C’est n’en finir jamais, par delà l’épaisse somnolence de la pensée habituée, d’interroger le secret de l’existence, jusqu’aux plus extrêmes limites de l’approfondissement possible.

Ce ne sont donc pas des phénomènes insolites qui font naître l’étonnement philosophique, c’est le recul pris soudainement devant l’existant. Ce recul fait éclore un rapport métamorphosé avec le monde. Laissant en suspens la banalité de la vie quotidienne, il donne l’éveil à une prise de conscience nouvelle qui, ramenant le monde à son étrangeté jusqu’alors oubliée, conduit l’homme à se questionner sur ce qu’il y a de plus essentiel à penser, l’énigmatique présence de ce qui est.

- La philosophie est fille de l’étonnement -
« S’étonner : voilà un sentiment qui est tout à fait d’un philosophe. La philosophie n’a pas d’autre origine ».
Platon, Théétète, 155d.

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Notes

[1Aristote, Métaphysique, t. 1, A, 2, 982b 10, trad. J. Tricot, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, Coll. « Bibliothèques des textes philosophiques », 1991, p. 8-9.

[2A. Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, Supplément au Livre premier, chap. XVII, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, Coll. « Quadrige », 2004, p. 852.