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Paul Herlemont, Principal du Collège de Domfront et membre de la Résistance

mardi 17 décembre 2013, par Lionel Letendre.

Paul Victor Henry Herlemont est né le 17 avril 1896 à Le Quesnoy, dans le département du Nord, fils de Henri Herlemont et de Pauline Durut.

Appelé au 84e Régiment d’Infanterie le 10 avril 1915, il intègre les rangs du 33e Régiment d’Infanterie, puis ceux du 78e Régiment d’Infanterie sous les drapeaux desquels il participe à la bataille de Verdun et aux combats de la Somme et de Champagne.

Après deux ans de tranchées, il passe dans l’aviation comme élève pilote le 20 juin 1917 à l’École de Dijon. Il obtient son brevet de pilote militaire n° 9186 à l’École du Crotoy le 11 octobre 1917. Il se spécialise à l’École d’aviation de Châteauroux puis devient Sous-lieutenant dans la première escadrille de chasse française, la Spad 12 basée à Dunkerque, du 10 juin 1918 au 6 juillet 1919. Crédité de deux victoires homologuées (les 15 juillet et 26 septembre 1918), il connut au cours des 86 missions qu’il effectua non pas les affres de l’incendie de l’appareil, terreur de tous les aviateurs avant la généralisation du parachute, mais celles de la chute en mer. Cité à l’ordre de la 5e Armée le 27 juillet 1918 (citation n° 354) et à l’ordre du 21e Corps d’Armée le 18 mars 1919 (citation n° 230), ses actes de bravoure furent honorés d’une Croix de Guerre 1914-1918 avec étoile en vermeil et palme en bronze.

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Le Sous-lieutenant Herlemont

Après la Première Guerre Mondiale, Paul Herlemont fait partie, avec son épouse professeur de Lettres, de la Mission Universitaire de Roumanie pendant trois ans. De retour en France, il enseigne l’histoire et la géographie au Collège de Dunkerque et à l’École de Navigation.

Le 1er octobre 1927, il est nommé Principal du Collège de Domfront « en remplacement de M. Lautin », selon le procès-verbal d’installation. Le Publicateur de L’Orne du 21 octobre 1927 écrit : « Nous apprenons la nomination de M. Lautin […] au Collège de Bernay […]. Il est remplacé au Collège de Domfront par M. Herlmont (sic). Nous lui souhaitons une cordiale bienvenue ». Le Collège comptait alors 38 élèves en classes secondaires, dont 17 internes, et 24 élèves en classes primaires, soit 62 élèves. De sa prise de fonction en 1927 à 1934, le nombre d’élèves en classes secondaires passa de 38 à 89 ; celui des internes de 17 à 50 ; 25 jeunes gens et jeunes filles furent reçu bacheliers. Témoignages pertinents de la vitalité donnée en peu de temps au Collège par M. Herlemont et qui lui valurent le 17 juin 1935, au cours d’une réunion du Bureau d’administration, les vives félicitations de M. l’Inspecteur d’Académie de l’Orne. Il sauva ainsi de la ruine et assura la pérennité du Collège. En 1932, de petits collèges voisins, celui de Mortain et de Condé-sur-Noireau, furent supprimés, ayant moins de cent élèves. Celui de Domfront en comptait 105.

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De g. à dr. : MM. Burger, Bassereau,
Herlemont, Gicquel, Frambourg et Chesneaux.

En 1939, il est mobilisé à la base aérienne de Metz-Frescaty. Dans les mois qui suivirent, il sert comme officier à l’état-major de la 3e Armée. En mai-juin 1940, il réussit à faire passer les rescapés de son unité en Suisse où il demeure jusqu’en février 1941. Il est alors remplacé, selon les termes du procès-verbal d’installation du 1er décembre 1940, par « M. Mougeot, Principal du Collège d’Obernai et professeur de Lettres » à titre temporaire au « Collège de Domfront en remplacement de M. Berron, non installé, et en suppléance de M. Herlemont, prisonnier de guerre ».

Libéré entre le 28 janvier 1941 (où M. Mougeot signait encore des documents administratifs) et le 21 avril 1941 (où réapparaît sa signature), Paul Herlemont rentre à Domfront où il caresse le projet de constituer un noyau de résistants au sein du milieu des officiers de réserve mais la tentative tourne court, faute de moyens et de contacts. Comme le dira M. Beaumont, son ancien Surveillant Général qui l’avait suppléé avant M. Mougeot : « Si pour lui l’idéal et l’action devaient s’épauler, l’homme public et l’homme privé n’étaient pas séparés. Le professeur d’histoire profondément laïc et républicain ne pouvait concevoir une attitude en contradiction avec son enseignement ».

Une nouvelle opportunité se présente vers la fin du mois d’avril 1942 lorsque Paul Herlemont et Georges Gilard (sous-officier de réserve et propriétaire de la concession Renault de Domfront, alors réquisitionnée par les Allemands) rencontrent Yves Meillon, doyen de la Faculté des sciences et animateur local du mouvement de la Résistance « Défense de la France ». Au cours de cette entrevue, moyens d’action et de liaison sont envisagés.

En août 1942, il est présenté par Paul Alasseur (directeur de la Caisse d’Épargne de Domfront) à Robert Aubin, chef départemental de l’Organisation Civile et Militaire (OCM) et accepte de jouer le rôle d’agent de renseignement sous le pseudonyme de « Victor ». Dès octobre 1942, Robert Aubin et Édouard Paysant, responsable du Bureau des Opération Aériennes (BOA), le contactent afin de pouvoir choisir des terrains de parachutages (lesquels seront par la suite organisés à la Chapelle-Moche, Baroche-sous-Lucé, Céaucé et St-Cyr-du-Bailleul).

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Réunion du Cinquantenaire de l’Amicale des anciens le 18 juillet 1937
à laquelle assistent Paul Herlemont (1er rang, assis, 5e en partant de la dr.)
et Paul Alasseur (5e rang, 3e en partant de la dr.).

Début 1943, estimant ne pas être suffisamment expérimenté sur le plan militaire, Paul Alasseur propose à la direction départementale de l’OCM Paul Herlemont pour présider à sa place aux destinées du mouvement dans le secteur de Domfront. La mission de « Victor » consiste alors, en collaboration avec Almire Viel de La Ferté-Macé (révoqué de ses fonctions de professeur par le Gouvernement de Vichy en raison de ses appartenances à la loge maçonnique « La Fidélité » d’Alençon), à recruter des hommes sûrs dans le secteur de Domfront. Il effectue des transports d’armes, dont un en provenance d’Assé-le-Boisne, dont bénéficieront les réseaux de Claude Monod et de Marcel Marceau. Fin novembre 1943, il se rend à Montreuil-le-Chétif, avec Georges Gilard, pour prendre livraison à bord d’un gazogène d’un chargement d’armes, en présence de Daniel Desmeulles, chef du secteur d’Alençon, d’André Mazeline, chef du secteur de Flers et d’Argentan, et de Michel Chevalier, venus avec deux voitures, l’une de Domfront et l’autre d’Alençon.

Membre du réseau de renseignement « Centurie », filiale de l’OCM, « Victor » héberge également durant cette période des élèves juifs au Collège de Domfront, dont un neveu du compositeur Darius Milhaud, Jean qui, moins heureux que d’autres, n’échappera pas à la mort en déportation. Il héberge aussi des agents de liaison et se voit confier au moins un pigeon voyageur des services secrets britanniques. Au début du mois d’avril 1944, il contacte André Lefèvre, capitaine de réserve rentré récemment de captivité en Allemagne, qui devient son adjoint.

Malgré son extrême discrétion et un strict cloisonnement, et alors qu’il préparait minutieusement les plans des sabotages et des embuscades à effectuer le Jour J, Paul Herlemont est arrêté le 22 mai 1944 et enfermé au château des Ducs d’Alençon, avant d’être interné à Compiègne à partir du 16 juillet (après cette arrestation, c’est André Lefèvre qui pris en main les destinées du secteur de Domfront). Déporté le 28 juillet à Neuengamme (matricule 39.824), il est affecté aux « Kommandos » de Hambourg à compter du 15 septembre, puis est transféré le 19 avril 1945 à Sandbostel. Ayant contracté le typhus, il sera libéré par les Britanniques le 29 avril dans un état de santé déplorable. Il rentre en France le 29 mai 1945 et cesse ses fonctions au Collège de Domfront le 30 juillet 1945. À son départ, l’effectif total du Collège était de 176 élèves. 114 de plus qu’en 1927. Même proportion dans les succès scolaires : de 1935 à 1945, 131 élèves reçus bacheliers, un prix et trois accessits au Concours des Lycées et Collèges. Magnifiques résultats représentant une somme de travail assidu et opiniâtre énorme, caractérisant la fine intelligence, la profonde érudition, la haute compétence scolaire du Principal, son attachement à ses élèves qu’il savait estimer à leur valeur exacte et encourager d’un mot paternel.

Nommé en septembre 1945 à l’enseignement par correspondance, alors sise au Lycée Hélène-Boucher, Porte de Vincennes, et décoré de la Croix de Guerre 1939-1945 avec palme, il devient par la suite Maire-adjoint du 10e arrondissement de Paris et fait partie à sa retraite en 1953 des actionnaires du journal issu de la Résistance et siégeant encore de nos jours à Domfront : Le Publicateur Libre.

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Repas organisé en 1945 pour fêter le retour de déportation de Paul Herlemont.
(De g. à dr. : L.M. Rougeyron, Mme Herlemont, P. Herlemont, A. Rougeyron et G. Beaumont).

Paul Herlemont décède le 3 février 1968 dans la commune de La Haute-Chapelle et repose depuis dans le cimetière de Domfront situé à La-Croix des-Landes.

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Tombe de Paul Herlemont
au cimetière de La-Croix-des-Landes à Domfront.

Comme le souligna Ludovic Blaizot dans son article du Bulletin des anciens élèves du Collège de Domfront (année 1948-1949), commentant l’attribution du titre de Chevalier de la Légion d’honneur à Paul Herlemont le 10 novembre 1946, celui qui « avait fait de son Principalat la période la plus brillante que le Collège de Domfront ait connu depuis des temps très reculés » aura « au prix d’épreuves surhumaines, lié l’histoire de notre Collège à celle de la Résistance ». Lors de son inhumation au cimetière de Domfront, Gérard Beaumont rappela « sa bonté, tant avec les élèves dont la famille était dans une situation difficile ou qu’il fallait défendre auprès d’un professeur sévère qu’avec un membre du personnel victime d’une inspection hâtive » et souligna que «  toujours l’administrateur était au service de l’humain, quels qu’aient été les risques personnels ». Il pleura « un Principal qui a marqué ceux qui l’ont connu d’une manière indélébile ».

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Paul Herlemont (1896-1968)


À l’issue de l’Assemblée générale de l’Amicale des anciens élèves du Lycée Auguste-Chevalier du 17 mai 2008, une « Salle Paul-Herlemont » a été inaugurée en présence de membres de sa famille, de Résistants de la région, d’anciens élèves et de personnels de notre établissement.

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La plaque commémorative de la « Salle Paul-Herlemont ».

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Une plaque dévoilée par deux des arrières petits-enfants de Paul Herlemont le 17 mai 2008.


Sources

- La Résistance dans l’Orne, CD ROM de Thomas Pouty et Stéphane Robine, AERI, 2005.
- Archives départementales de l’Orne, retranscription d’un témoignage oral de Paul Herlemont, sans date [1945 ?], un feuillet dactylographié, archivé sous la référence 371 J 1.
- Ouest France, 31 décembre 1946.
- Ouest France, 22-23 décembre 1956.
- L. Blaizot, « Remise de la Légion d’honneur », Bulletin des anciens élèves du Collège de Domfront, année 1948-1949.
- J.C. Hennequin, « Hommage à L-M. Rougeyron et P.V. Herlemont », Bulletin des anciens élèves du Collège de Domfront, année 1988-1989.

Voir en ligne : Le destin tragique de Jean Milhaud, élève du Collège de Domfront (1938-1943)