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Voyage culturel à Barcelone d’avril 2011

La Catalogne n’est pas une terre d’Espagne comme les autres

vendredi 1er juillet 2011, par Catherine Segers.

Historiquement et linguistiquement, cette région autonome, sixième par sa superficie mais deuxième par son PIB, est une région dotée d’une très forte identité. Depuis 1979, elle bénéficie du statut d’autonomie régionale. Aujourd’hui parmi les plus prometteuses régions méditerranéennes malgré les difficultés actuelles, la Catalogne s’affirme à travers le dynamisme de Barcelone, mégapole rivale de la capitale castillane, Madrid. A soi seul, cela justifierait amplement une excursion pédagogique pour nos élèves. Mais pour être nécessaire, cette visite éclairée de la capitale catalane ne saurait être suffisante si elle ne prenait en compte la dimension culturelle et artistique de cette ville qui fut, entre XIXe et XXe siècle, un des phares de l’Art nouveau européen.

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Autour d’Antoni Gaudi (1852-1926) se forgea en effet ce que l’on appelle depuis le « modernisme catalan » dont le père fondateur, Lluis Doménech i Montaner (1850-1923), architecte barcelonais, exprima en 1878 dans le journal catalan La Renaixença au travers d’un article intitulé En busqa de una arquitectura nacional [« A la recherche d’une architecture nationale »] le besoin de former un style propre à la Catalogne. Bâtisseur, entre autres, du superbe Palau de la Mùsica catalana inauguré en 1908 et classé par l’UNESCO « patrimoine de l’humanité » en 1987 élevé à la gloire des valeurs de la culture catalane, Montaner ouvre le chemin d’un véritable nationalisme artistique catalan.

Antoni Gaudi, comme Montaner, nourrit son travail d’architecte des nouvelles audaces de la fin du XIXe siècle, époque d’industrialisation et d’innovations technologiques. Multiplicité des matériaux utilisés (bois, ferronnerie, céramique et mosaïques) ; mais également fluidité, courbes et ondulations, asymétrie au service de la représentation de la nature.

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L’ondoiement des lignes, le caractère organique des motifs façonnent façades et mobilier de la Casa Batllo (1904-06) et de la Casa Milà (1906-10) au cœur de l’Eixample, ce nouveau quartier dédié dans la seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe à la bourgeoisie barcelonaise conquérante et à ses généreux mécènes avides de reconnaissance. Ainsi, en 1900, Antoni Gaudi entreprend les premiers travaux pour la construction du Parque Güell, parc résidentiel à l’époque à la périphérie de Barcelone pour le compte d’Eusebi Güell, riche industriel et mécène attentif de l’architecte. Considéré comme la première œuvre globale de l’histoire de l’art en harmonie avec la nature, le Parque Güell ne saurait être séparé de l’œuvre majeure d’A. Gaudi à Barcelone, la Sagrada Familia. En 1883, le maître s’empare de la construction de ce temple expiatoire voué à la Sainte Famille en plein cœur de l’Eixample.

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Ce sera l’œuvre de sa vie ; inachevée à sa mort, la Sagrada Familia est toujours en travaux. Entre les tours, des grues. Et aujourd’hui, un somptueux monument qui n’attend que ses ultimes altitudes pour satisfaire les projets démesurés de celui dont la ville Barcelone mit quelque temps à percevoir le génie…

En chemin, entre Roussillon français et Catalogne espagnole, Figueras (Figueres en catalan) et son grand homme, Salvador Dali (1904-1989). Surréaliste jusqu’au délire, peintre des pulsions fondamentales, conscient et promoteur de sa propre gloire, Dali n’écrivait-il pas : « Les événements les plus importants qui puissent arriver à un peintre contemporain sont au nombre de deux : être espagnol et s’appeler Salvador Dali. [Journal d’un génie,1964] » ? Ami d ‘Aragon, de Breton, d’Eluard, de Desnos, de Tanguy, de Max Ernst et de Juan Miro, du cinéaste espagnol Bunuel avec lequel il collabora sur deux films, Un Chien andalou (1929) et l’Âge d’or (1930), c’est un artiste à l’œuvre protéiforme, de la peinture à la sculpture en passant par le cinéma. Son temple à lui, c’est le sien propre, celui qu’il fit édifier dans sa ville natale, Figueras, sur les ruines du théâtre (détruit pendant la Guerre civile espagnole) de sa chère cité.

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Le Théâtre-Musée de Figueras : une mise en scène exubérante et attachante à la fois, l’ « objet » le plus réaliste qu’il fut donné de voir aux élèves de notre lycée. De la Cadillac offerte à sa compagne Gala dans l’invraisemblable patio du musée à la crypte abritant le marquis de Pubol (Salvador Dali fut anobli par le roi Juan Carlos en 1982), en passant par la salle Mae West, la Salle du Palais du Vent célébrant son apothéose, une multitude d’œuvres, des siennes et d’autres (Le Gréco, Marcel Duchamp….), le visiteur est invité à un voyage étonnant dans la profondeur comme dans la surface de l’art. En témoigne l’architecture surprenante du Théâtre-Musée inauguré en 1974 où se mêlent classicisme et surréalisme.

Barcelone : c’est aussi une ville, une ville pluri-millionnaire, un des plus grands ports de la Méditerranée. Des femmes et des hommes qui déambulent sur les Ramblas ou bien Plaza de Catalunya, ou bien encore sur le front de mer à la recherche du site olympique. Du quartier « gothique » à Montjuic et son « Pueblo espanol », du Barça ô combien mythique aux ruines romaines du vieux Barcelone, tous les itinéraires se sont ouverts aux curieux et aux photographes amateurs, amateurs mais non sans talent.

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Dans cette approche de Barcelone comme dans les autres, au cours de leurs déambulations linguistiques et culturelles, les domfrontais du lycée Auguste-Chevalier furent à la hauteur de ce que pouvaient légitimement espérer leurs aînés auxquels ils doivent en partie, et ils les en remercient, ce séjour à Barcelone d’avril 2011, riche de découverte et d’ouverture.

Photographies Adèle Rohée (Terminale L), Juliette Richard (Terminale L), Marion Courteille (Terminale L), Sophie Hooper (Terminale L), Anaëlle Tarot (Seconde 2).