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Qu’est-ce que la philosophie ?

dimanche 1er novembre 2009, par Lionel Letendre.

À cette question, l’étymologie du mot philosophie nous donne un premier élément de réponse. Provenant des mots grecs « philia » (« φιλια »), amour, et « sophia » (« σοφια »), sagesse, le terme de philosophie (« φιλοσοφια ») signifie « amour de la sagesse ». Ce qu’indique cette étymologie, c’est que la philosophie est déterminée par l’amour ou par le désir. Or, le désir est par définition l’expression d’un manque. On ne désire en effet que ce que l’on ne possède pas. Si la philosophie est amour ou désir de la sagesse, c’est donc parce qu’elle est pauvre en sagesse. Aussi doit-elle être comprise, non comme une possession de la sagesse, mais comme une tension vers elle, le philosophe n’étant pas tant celui qui sait que celui qui désire savoir.

« Faire de la philosophie, c’est être en route écrivait Karl Jaspers. Les questions en philosophie sont plus importantes que les réponses et chaque réponse devient une nouvelle question. [1] Être philosophe, c’est en effet être en chemin et chercher. C’est comprendre que l’inachèvement s’inscrit dans l’acte même de philosopher et assumer ce nécessaire inachèvement qui ne peut assigner un fond à l’abîme de la profondeur. Sans doute est-il troublant que la profondeur soit ainsi sans fond et qu’il y ait toujours inlassablement à approfondir, mais il serait également inintelligible qu’il y ait un fond du profond et qu’un tel fond ne se puisse plus creuser.

Le désir de savoir qui est à l’origine de la philosophie, loin de délivrer l’homme de son ignorance, la lui rend plus manifeste encore. Les réponses que la philosophie apporte aux questions que l’homme se pose se dissolvent en effet à chaque fois dans le tourbillon d’une interrogation plus aiguë. Comme le dit fort justement Martin Heidegger, la philosophie est « la lutte libre, autonome, fondamentale de l’existence humaine avec l’obscurité qui ne cesse à tout moment d’éclater en elle. Et tout éclairement ne fait qu’ouvrir des abîmes nouveaux » [2]. Souligner cet inachèvement constitutif de la philosophie, comme de toute science du reste, c’est certes reconnaître la faiblesse de la pensée humaine, mais c’est en même temps affirmer la grandeur de l’homme qui, soumis au joug de sa finitude et livré au labyrinthe du monde, cherche passionnément et sans jamais se décourager à comprendre.

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Notes

[1K. Jaspers, Introduction à la philosophie, trad. J. Hersch, UGE, Coll. « 10/18 », 1965, p. 11.

[2M. Heidegger, Interprétation phénoménologique de la « Critique de la raison pure » de Kant, trad. E. Martineau, Paris, Gallimard, Coll. « Bibliothèque de Philosophie - Œuvres de Martin Heidegger », 1982, p. 22.