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Le monde de Nina ; Leda ; etc. (textes libres de Charlotte Aimé)

dimanche 3 décembre 2006, par Marie-Claire Brée.

NINA

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C’est une nuit d’hiver, Nina est seule, elle est triste, et elle pleure. Personne ne le sait mais Nina souffre. Pourquoi moi je la regarde de là ? Pourquoi j’aime voir quand elle pleure ? Je n’en sais rien !
Nina, je ne la connais pas, mais ses yeux me livrent tout : elle est abusée par les hommes, mais elle reste dans son coin, se laisse, se donne à eux et s’abandonne à elle-même.
Cette nuit d’hiver, je rêve d’un monde pour Nina, un monde pur comme son visage, un monde doux comme ses lèvres, un univers qui ne veut rien dire, une utopie qui existe.
Cette nuit est mélancolique, Nina va-t-elle oser ? Va-t-elle parler ? Non !
Certains disent que c’est une catin, d’autres une vagabonde ; moi je dis que non ! Les gens ne savent pas, sont jaloux, mais moi je la crois.
Son enfance a été dure ; abandonnée de tous, sans défense, sans connaissance de la vie, sans réflexion justifiée, puis effacée.
Les étoiles la regardent, mais ne la voient pas ; la lune la dévoile, mais ne la montre pas du doigt.
Ma vie
Ne se compare pas à la sienne : sa vie, son corps sont salis.
Ils rougissent quand je leur dis.
Plus tard, nous ne penserons plus à
Nina, le vent quant à lui rira, pourtant moi, je serai toujours là et son
Ame me hantera.


Le monde de Nina

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Le tic-tac de mon réveil sur ma table de nuit, le bruit de mes volets qui claquaient à chaque chuchotement du vent. Ainsi que le doux cri de la pluie. Je ne savais pas
pourquoi, mais soudain les pas de ma mère dans l’appartement vinrent s’ajouter aux autres mélodies ce soir-là.
Assise au milieu de mon lit, j’entendis frapper à la porte. Je trouvais que l’heure était tardive ! Les pas de ma mère déambulèrent dans l’escalier, elle allait ouvrir. Je n’ai jamais connu mon père, à chaque fois que j’en parlais, ma mère changeait aussitôt de sujet. Je vivais seule avec elle. J’avais toujours, en la regardant, une impression qu’elle me cachait quelque chose mais je ne cherchais pas à comprendre, sans doute par manque d’intérêt.
Ces derniers temps, l’humeur de ma mère était massacrante, elle s’énervait pour un rien. Je ne l’avais jamais vue ainsi.
Cette fois-ci elle était rendue au seuil de la porte. Intriguée par de soudains visiteurs,je me dirigeai déjà vers l’escalier, en douceur et loin des regards indiscrets. Je m’installai tranquillement, l’air était pesant et j’étais prise de fatigue. Elle ouvrit... deux hommes se tenaient devant la porte. Deux hommes bizarres... aussi robustes l’un que l’autre. A leur vue, je sentais que ma mère devenait pâle. Mes yeux étaient
clos.., je ressentais son mal être, son besoin de quitter cette terre, ses pensées... l’un des hommes avait un sourire béat, j‘avais la sensation de l’avoir vu quelque part auparavant, mais où ? Mon corps était tout tremblant, couvert de sueur, de crispation.., et comment expliquer ce drôle de phénomène ? Mon esprit entrait dans le sien, j‘étais en transe. J’avais le loisir de parcourir son corps intérieur sans aucun mal ; d’être proche de son coeur et de l’écouter battre. Mon sang brûlait, je crus un instant que mes veines allaient exploser. Tous mes organes s’emmêlaient, se percutaient et je ressentais sa douleur.
L’ignorant essaya de toucher délicatement ma mère. Devant son inévitable refus, il fut pris de rage et la traîna dans le salon suivi de l’autre. Je n’appréciais pas la façon dont il l’avait saisie. A six ans que voulez vous comprendre ?
Ma mère ne les traita pas comme des invités et elle n’avait pas à le faire ; sa voix avait subitement changé. Mes yeux étaient toujours fermés. Je cohabitais en elle.
Elle se mit à pleurer. Je me serrais plus fort contre la rambarde, elle pleurait plus fort encore. Ces hommes étaient venus pour chercher quelque chose. Elle se retourna
brusquement, comme si on l’avait appelée (je compris qu’elle me cherchait du regard). Je voyais des silhouettes en mouvement, leur visage de plus près dans ma tête. Et là j’entendis une voix.., une voix en moi, celle de ma mère ! Qui disait :
« Ninaje t’en supplie va te cacher ! Va t-en ! Ne reste pas ici ! Cours... » Il y avait de l’effroi dans sa voix, je ne voulais pas partir ...
L’homme au sourire béat s’approcha d’elle désireux, sa crainte me déchirait les os. Elle le repoussait, le suppliait. L’air devenait étouffant, mon sang s’agitait, je ne sais pour quelles raisons. Ma chair n’en pouvait plus...
- Nina, sors ! Ils sont venus pour nous ! Cache-toi !
- pour nous ? Q’avons-nous fait ? Je ne savais pas pourquoi je lui parlais et comment je pouvais le faire sans ouvrir la bouche.
- Tu le sauras... ils ne doivent pas savoir que tu vis ici, ne doivent jamais savoir... Que tu es ...
Elle venait de rompre le contact, je ne voyais plus rien en elle, mais j‘étais restée en elle...
Elle s’était donnée à lui sans aucune conviction... Que se passait- il ici ? Il la plaqua contre un mur, brutalement... je partis me cacher toujours en transe, je ne m’en rendais pas compte, mais mes yeux étaient toujours clos, je voyais comme s’ils étaient ouverts. Sa douleur, sa perte de sang m’épuisait, me vidait. Il sortit un objet
de sa poche arrière.., je m’accrochais maintenant à ma peau, qui se déchirait ; ma mère s’y était attendue, pourtant elle criait. Il pointa sur elle l’objet, je ne supportais pas le bruit de son coeur, ses cris... Il tira ;
Je revis son sourire idiot.
Je n’entendais plus ma mère. Ils sortirent de la maison, je rouvris enfin les yeux, je me sentais étrange : plus rien sauf les coups sur ma peau, le sang sur mon corps, la
douleur en moi. Je dévalai l’escalier, mes mains tremblaient, mon coeur battait si fort. La pièce chaleureuse était devenue froide, l’air irrespirable. Du seuil je vis là, ma mère baignant dans son sang, à moitié nue, et je réentendis le bruit lourd de l’arme dans ma tête. Je me rappelais que pendant quelques instants elle vivait, je l’avais sentie qui bougeait en moi, je l’avais suivie gestes par gestes, mots par mots... puis
plus rien. Je décidai de la recouvrir et m’allongeai près d’elle, près d’une morte !
Cette frustration qui m’ensorcelais, ce goût amer, et la tristesse qui vous ronge les yeux.
L’odeur du sang, de la mort qui vous emporte et celle du cadavre...


Léda (La Décoiffée de Léonard de Vinci)

Peut-être l’une de ces images païennes de la Nature, ou bien celle d’un caprice. Peut-être même un danger, un ravage, une menace, un vice ou alors une icône, une sainte, un cortège de petits angelots...
Léda, femme de Tyndare, roi de Sparte, et au destin surprenant ou plutôt douée d’un esprit futil.
Aujourd’hui l’air est frais, le temps est calme, Léda marche d’un pas sûr et léger le long d’un cours d’eau ; le paysage typiquement harmonieux accompagné d’une agréable brise de printemps.
Soudain son regard est attiré par un cygne doux, blanc et gracieux, son visage d’ange n’exprime aucun signe de crainte et s’approche doucement de celui-ci. Son sourire est puéril devant cette créature, et ses gestes aussi. L’animal, quant à lui, reste patient à la vue de la jeune femme délicieuse.
Son corps le touche, se fond avec l’autre, avec celui de la bête, ils ne deviennent qu’un (sans doute le cycle de la vie). Ses cheveux tressés s’entremêlent et se détachent par je ne sais quel miracle ! Sa tête se tourne délicatement, comme un refus, ses yeux angéliques deviennent sataniques, sa bouche pure devient infernale, ses mouvements parfaits deviennent démoniaques.
Après avoir compris que ce cygne n’était autre qu’un de ces immortels, elle espère que la déesse l’épargnera...

Voilà comment on pourrait imaginer une histoire tout en regardant paisiblement une oeuvre ; je ne suis sans doute pas une "experte" mais pourquoi ne pas rester devant un tableau, une planche pour essayer d’y apercevoir un secret, une légende...


Drug addict

La vie. Cette propriété essentielle des êtres qui évoluent de la naissance à la mort.
On m’a toujours dit que, dans la vie, il y avait les gens de bien et les gens du mal. En gros, les partisans du Diable et ceux du Christ.
Mais pouvez-vous me dire qui juge ces gens ? Qui les classe dans l’une des deux catégories ? Quelles sont les limites de chacune de ces catégories ? Mais à quel prix ? Je ne suis pas sûre que le gamin assis en face de moi soit capable de juger du pour, du mauvais. Son histoire ? Pas grand monde la connait, mais ceux qui la connaissent essayent de l’oublier.
L’avenir ne se lit pas dans la drogue ! Je pense que lui le croyait.
Mais revenons 18 ans en arrière. C’est peut-être là que son existence chavira.
Il n’a que 5 ans, il vient de perdre sa mère, sa seule famille logiquement ! Déjà petit, il possédait ces deux grands yeux bleus, sans doute les plus beaux du monde. Il fut contraint alors d’entrer dans l’un de ces centres pour enfants abandonnés -ou plutôt prison. Je ne sais pas de quoi sa mère est morte, je pense qu’il vaut mieux ne pas le savoir. Il souhaite tant bien que mal se confondre avec les autres, mais il ne le pourra pas ou bien il n’y arrivera pas.
Les années passent et le gamin grandit, il devient impur et meurtrier.
Tous les soirs, il sort par l’une des fenêtres de sa chambre, pour retrouver sa "bande", mais ce soir il aurait mieux fallu qu’il y reste, car ses idées commencent à devenir sauvages.
Ce soir-même il est en manque et on lui a promis sa "dose".
Déjà ses gestes paraissent frustrés, ses paroles agressives...
Il rejoint la troupe et apprend que son meilleur ami ou plutôt son fournisseur, n’a pas la "dose" promise.
Le gamin tente de se contrôler, cela fait un mois qu’il est dans l’attente. Il commence à menacer son "ami", ses yeux deviennent exorbités, rouges, réclament du sang, ses yeux bleus d’ange se transforment en démons, son corps devient possédé, fou. Son attitude évolue et s’enrage. Il met à terre sa proie, et brandit une arme blanche qu’il balance le long de son visage. Il s’approche doucement puis l’entaille, le balafre, l’encoche en lui disant que c’est Dieu qui le punit par sa main. Il descend au niveau de la gorge, enfonce en forme de croix l’arme maudite au fond de cette même gorge. La victime meurt. Elle meurt sans prières. Les autres ? Il n’y avait plus d’autres, ils avaient laissé le meurtrier et la victime seuls. Le sang ruisselle sur les doigts de l’assassin, pendant que le sourire de la mort s’empare du martyr.
Ce soir-là, la lune n’était pas blanche mais rouge, le vent ne riait plus mais criait.
Quand on dit qu’il faut tout essayer dans la vie, il faudrait sans doute en rire.